Guide du liquidateur de succession au Québec
En bref
- Sujet : Guide du liquidateur de succession au Québec
- Source : Code civil du Québec / Éducaloi
- Coût estimé : Généralement sans rémunération (sauf disposition testamentaire)
- Vérifié : 12 avril 2026
Vue d’ensemble
Le liquidateur de succession est la personne chargée d’administrer et de régler la succession d’une personne décédée au Québec. Anciennement appelé « exécuteur testamentaire », le terme officiel est « liquidateur » depuis l’entrée en vigueur du Code civil du Québec en 1994 (art. 783 et suivants). Son rôle est essentiel : il assure que les dettes du défunt sont payées, que les obligations fiscales sont remplies et que les biens sont distribués aux héritiers selon les volontés du défunt ou selon la loi.
Si vous venez d’apprendre que vous avez été désigné comme liquidateur, il est tout à fait normal de vous sentir dépassé par l’ampleur de la tâche. Ce guide a pour objectif de vous accompagner étape par étape, en vous aidant à comprendre vos obligations et les démarches à suivre.
Qui est le liquidateur
Comment le liquidateur est-il désigné?
Le liquidateur peut être désigné de trois façons (vérifié 12 avril 2026 — Code civil du Québec, art. 785-788) :
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Par le testament : le testateur nomme la personne de son choix comme liquidateur. C’est la situation la plus courante lorsqu’un testament existe. Le testateur peut aussi nommer un remplaçant au cas où le premier liquidateur ne peut ou ne veut pas agir.
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Par les héritiers : en l’absence de désignation dans le testament (ou en l’absence de testament), les héritiers peuvent nommer un liquidateur à la majorité. Si les héritiers ne s’entendent pas, le tribunal peut intervenir.
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Par le tribunal : si aucun liquidateur n’est désigné et que les héritiers ne parviennent pas à s’entendre, toute personne intéressée peut demander au tribunal de nommer un liquidateur.
Qui peut être liquidateur?
Toute personne majeure et apte peut être liquidateur, y compris un héritier. Il peut s’agir d’un membre de la famille, d’un ami de confiance, d’un notaire, d’un avocat ou d’une société de fiducie. Il n’est pas nécessaire d’avoir des compétences juridiques ou comptables, bien que ces compétences soient un atout important.
Peut-il y avoir plusieurs liquidateurs?
Oui. Le testateur peut nommer plusieurs liquidateurs qui agissent conjointement (à la majorité, sauf disposition contraire du testament). Cette option est parfois choisie pour répartir la charge de travail ou assurer un équilibre dans les familles recomposées.
Vos obligations légales en tant que liquidateur
Le liquidateur a des obligations légales importantes. Il est généralement tenu d’agir avec prudence et diligence, dans l’intérêt de la succession et des héritiers (vérifié 12 avril 2026 — Éducaloi) :
- Obligation de diligence : administrer la succession avec le soin d’une personne raisonnable. Le liquidateur ne peut pas simplement laisser traîner le règlement sans raison valable.
- Obligation d’impartialité : traiter tous les héritiers équitablement et conformément au testament ou à la loi. Le liquidateur ne peut pas favoriser un héritier au détriment d’un autre.
- Obligation de reddition de comptes : rendre compte de son administration aux héritiers. Le liquidateur doit pouvoir justifier chaque décision, chaque dépense et chaque distribution.
- Obligation de conservation : protéger les biens de la succession contre la perte, la détérioration ou le vol. Le liquidateur doit assurer les biens et les gérer prudemment.
- Obligation d’information : tenir les héritiers informés de l’avancement du règlement de la succession.
Les étapes du règlement d’une succession
Le règlement d’une succession suit généralement un ordre précis. Voici les principales étapes que le liquidateur est généralement tenu de suivre (vérifié 12 avril 2026 — Code civil du Québec, art. 776-835).
Étape 1 — Recherche testamentaire
La première démarche consiste à vérifier l’existence d’un testament en effectuant une recherche aux deux registres officiels :
- Registre des dispositions testamentaires de la Chambre des notaires du Québec : couvre les testaments notariés et les testaments inscrits volontairement
- Registre des testaments et mandats du Barreau du Québec : couvre les testaments rédigés par des avocats et ceux inscrits par des particuliers
Le coût de la recherche est d’environ 25 $ par registre (environ 50 $ au total pour les deux registres). Le certificat de décès est nécessaire pour effectuer cette recherche.
Étape 2 — Inventaire des biens et des dettes
Le liquidateur est généralement tenu de dresser un inventaire complet des biens (actifs) et des dettes (passifs) du défunt dans un délai de six mois suivant le décès. Cet inventaire comprend :
Actifs : résidence(s), véhicules, comptes bancaires, placements (REER, FERR, CELI, actions, obligations), polices d’assurance-vie, objets de valeur, biens numériques, droits dans une entreprise, créances
Passifs : hypothèque, prêts personnels, marges de crédit, soldes de cartes de crédit, impôts dus, factures impayées
Après l’inventaire, le liquidateur est tenu de publier un avis de clôture d’inventaire dans un journal local et au Registre des droits personnels et réels mobiliers (RDPRM) pour informer les créanciers potentiels.
Étape 3 — Avis aux héritiers et aux créanciers
Le liquidateur est généralement tenu d’aviser les héritiers de leur qualité d’héritier et de leur droit d’accepter ou de renoncer à la succession. Il doit également aviser les créanciers connus de la succession.
Étape 4 — Paiement des dettes
Avant de distribuer les biens aux héritiers, le liquidateur est tenu de payer toutes les dettes de la succession. L’ordre de priorité des paiements est établi par la loi. Les dettes doivent être payées avant toute distribution aux héritiers — distribuer des biens avant d’avoir acquitté les dettes pourrait engager la responsabilité personnelle du liquidateur.
Étape 5 — Déclarations de revenus
Le liquidateur est tenu de produire les déclarations de revenus suivantes :
- Déclaration de revenus du défunt (fédérale et provinciale) pour l’année du décès et, le cas échéant, pour les années antérieures non produites
- Déclaration de la fiducie de la succession si la succession génère des revenus après le décès (intérêts, loyers, dividendes)
Les délais de production varient selon la date du décès. Il est fortement recommandé de faire appel à un comptable ou un fiscaliste pour cette étape, car les règles fiscales applicables au décès sont complexes (disposition réputée, roulement au conjoint, etc.).
Étape 6 — Distribution des biens aux héritiers
Une fois les dettes payées et les déclarations de revenus produites, le liquidateur peut procéder à la distribution des biens aux héritiers conformément au testament ou, en l’absence de testament, selon les règles de la dévolution légale (succession ab intestat).
Il est recommandé d’obtenir des quittances signées par chaque héritier au moment de la distribution.
Étape 7 — Reddition de comptes et clôture
Le liquidateur est tenu de rendre un compte définitif de son administration aux héritiers. Ce compte doit détailler tous les actifs et passifs de la succession, les revenus générés, les dépenses engagées et les distributions effectuées.
Enfin, le liquidateur est tenu d’inscrire la clôture de la succession au RDPRM (Registre des droits personnels et réels mobiliers).
Délai typique du règlement d’une succession
Le règlement complet d’une succession prend généralement entre 12 et 18 mois, mais ce délai peut varier considérablement selon la complexité de la situation (vérifié 12 avril 2026 — Éducaloi) :
- Succession simple (peu de biens, pas de conflit, testament clair) : 6 à 12 mois
- Succession moyenne (résidence à vendre, placements à liquider, déclarations fiscales) : 12 à 18 mois
- Succession complexe (entreprise, biens à l’étranger, conflit entre héritiers, contestation du testament) : 18 mois à plusieurs années
Peut-on refuser d’être liquidateur?
Oui. Personne ne peut être forcé d’accepter le rôle de liquidateur, même s’il est nommé dans le testament. Le liquidateur désigné qui souhaite refuser doit le faire de manière formelle, idéalement par écrit, et dans un délai raisonnable après avoir pris connaissance de sa désignation (vérifié 12 avril 2026 — Code civil du Québec, art. 784).
Peut-on démissionner en cours de route?
Oui, mais avec des conditions. Le liquidateur qui souhaite démissionner est généralement tenu de :
- Aviser les héritiers de sa démission
- Rendre compte de son administration jusqu’à la date de sa démission
- S’assurer que la succession ne subira pas de préjudice du fait de sa démission (par exemple, ne pas démissionner en plein milieu d’une vente immobilière sans s’assurer qu’un remplaçant prendra le relais)
Les héritiers pourront alors nommer un nouveau liquidateur. En cas de désaccord, le tribunal pourra intervenir.
Rémunération du liquidateur
En règle générale, le liquidateur n’a pas droit à une rémunération, sauf si le testament le prévoit expressément ou si les héritiers y consentent. Cependant (vérifié 12 avril 2026 — Code civil du Québec, art. 789) :
- Le liquidateur a droit au remboursement de ses dépenses raisonnables engagées dans l’exercice de ses fonctions (déplacements, frais postaux, frais de copie, etc.)
- Le testament peut prévoir une rémunération fixe ou un pourcentage de la valeur de la succession
- En l’absence de disposition testamentaire, le tribunal peut fixer une rémunération si les circonstances le justifient (succession particulièrement complexe, durée excessive du règlement)
Dans la pratique, le liquidateur est souvent un membre de la famille qui agit bénévolement. Lorsque la succession est complexe, il est de plus en plus courant de nommer un professionnel (notaire, avocat, société de fiducie) comme liquidateur, moyennant rémunération.
Responsabilité personnelle du liquidateur
Le liquidateur qui ne respecte pas ses obligations pourrait engager sa responsabilité personnelle. Cela signifie qu’il pourrait être tenu de compenser les héritiers ou les créanciers pour les dommages causés par sa faute (vérifié 12 avril 2026 — Éducaloi).
Situations à risque
- Distribuer les biens avant de payer les dettes : si le liquidateur remet les biens aux héritiers sans s’assurer que toutes les dettes sont acquittées, il pourrait être personnellement responsable des dettes impayées
- Ne pas produire les déclarations de revenus : le liquidateur pourrait être tenu personnellement responsable des pénalités et intérêts imposés par Revenu Québec ou l’Agence du revenu du Canada
- Mauvaise gestion des biens : si le liquidateur laisse un bien se détériorer ou le vend à un prix nettement inférieur à sa valeur marchande sans justification
- Favoritisme : traiter un héritier de manière plus favorable qu’un autre, contrairement aux dispositions du testament ou de la loi
- Retard injustifié : laisser traîner le règlement de la succession sans raison valable, causant un préjudice aux héritiers
Comment se protéger
- Documentez toutes vos décisions et conservez tous les reçus et relevés
- Consultez un notaire ou un avocat en cas de doute
- Communiquez régulièrement avec les héritiers et obtenez leur accord pour les décisions importantes
- Faites appel à un comptable pour les aspects fiscaux
- Obtenez des quittances signées lors de la distribution des biens
Quand faire appel à un notaire ou un avocat
Bien qu’il ne soit pas légalement obligatoire de faire appel à un professionnel, il est fortement recommandé de consulter un notaire ou un avocat dans les situations suivantes :
- Vous n’êtes pas certain de vos obligations ou des étapes à suivre
- La succession comporte des biens importants ou complexes (entreprise, immeubles locatifs, biens à l’étranger)
- Il n’y a pas de testament (succession ab intestat) et les règles de dévolution légale doivent être appliquées
- Des héritiers contestent le testament ou vos décisions
- Les aspects fiscaux sont complexes (disposition réputée, fiducie testamentaire, roulement au conjoint)
- Vous souhaitez déléguer une partie ou la totalité de l’administration de la succession
Le notaire peut agir comme conseiller du liquidateur ou, dans certains cas, être nommé liquidateur lui-même. Ses honoraires sont à la charge de la succession (et non du liquidateur personnellement).
Foire aux questions
Suis-je obligé d’accepter le rôle de liquidateur?
Non. Même si vous êtes nommé dans le testament, vous pouvez refuser. Il est généralement recommandé de le faire par écrit et dans un délai raisonnable. Si vous refusez, les héritiers devront nommer un autre liquidateur.
Le liquidateur doit-il être un héritier?
Non. Le liquidateur peut être n’importe quelle personne majeure et apte. Il peut être un héritier, mais aussi un ami, un professionnel (notaire, avocat) ou une société de fiducie. Il n’y a aucune obligation que le liquidateur soit un héritier.
Combien de temps dure le mandat du liquidateur?
Le mandat dure le temps nécessaire pour régler entièrement la succession, de la recherche testamentaire à la clôture au RDPRM. Ce délai est généralement de 12 à 18 mois, mais il pourrait être plus long si la succession est complexe ou si des conflits surviennent.
Le liquidateur peut-il se faire payer?
En règle générale, le liquidateur agit bénévolement, sauf si le testament prévoit une rémunération. Le liquidateur a toutefois droit au remboursement de ses dépenses raisonnables. Si la succession est particulièrement complexe, le tribunal pourrait fixer une rémunération.
Que se passe-t-il s’il n’y a pas de testament?
En l’absence de testament, la succession est dite « ab intestat » et les biens sont distribués selon les règles de la dévolution légale prévues au Code civil du Québec. Les héritiers devront nommer un liquidateur à la majorité. Si les héritiers ne s’entendent pas, le tribunal pourra intervenir.
Bon à savoir
- Le terme « liquidateur » a remplacé « exécuteur testamentaire » en 1994 avec l’entrée en vigueur du Code civil du Québec. Les deux termes désignent la même fonction, mais « liquidateur » est le terme officiel.
- Le liquidateur n’est pas personnellement responsable des dettes du défunt, à condition de respecter les règles du Code civil (payer les dettes avant de distribuer les biens, produire les déclarations fiscales, etc.).
- Il est fortement recommandé d’ouvrir un compte bancaire au nom de la succession pour y déposer les actifs et payer les dépenses. Cela facilite la reddition de comptes et évite de mélanger vos finances personnelles avec celles de la succession.
- Le liquidateur peut être révoqué par le tribunal si les héritiers démontrent qu’il ne remplit pas adéquatement ses fonctions.
- Si vous êtes liquidateur et que vous êtes également héritier, il est recommandé d’agir avec une vigilance accrue pour éviter tout conflit d’intérêts réel ou apparent.
Ce guide ne remplace pas les conseils d’un notaire ou d’un avocat.