Succession sans testament au Québec

En bref

  • Sujet : Succession sans testament au Québec
  • Source : Code civil du Québec (art. 666+)
  • Vérifié : 12 avril 2026
Vérifié le 12 avril 2026 Source : Code civil du Québec (art. 666+)

Vue d’ensemble

Lorsqu’une personne décède sans avoir rédigé de testament, on parle de succession « ab intestat ». Dans ce cas, le Code civil du Québec établit des règles précises de dévolution légale qui déterminent qui hérite et dans quelles proportions. Ces règles pourraient ne pas correspondre à ce que le défunt aurait souhaité.

Quand cette situation se présente

Cette situation concerne directement :

Les règles de dévolution légale

Le tableau de partage selon le Code civil (art. 666+)

Les règles suivantes s’appliquent pour le conjoint marié ou uni civilement et les autres héritiers (vérifié 12 avril 2026 — Éducaloi) :

Situation familialePart du conjoint marié/uni civilementPart des autres héritiers
Conjoint + enfants1/3 de la succession2/3 partagés entre les enfants
Conjoint + pas d’enfants, mais père/mère2/3 de la succession1/3 partagé entre le père et la mère
Conjoint + pas d’enfants, pas de parentsLa totalité de la succession
Pas de conjoint + enfantsTotalité partagée entre les enfants
Pas de conjoint + pas d’enfantsSelon l’ordre de parenté (parents, frères/sœurs, neveux/nièces, etc.)

Le conjoint de fait n’hérite de rien

C’est la situation la plus importante à comprendre : au Québec, le conjoint de fait (en union libre) n’est pas reconnu comme héritier légal en l’absence de testament, peu importe la durée de la vie commune ou le nombre d’enfants en commun (vérifié 12 avril 2026 — Éducaloi).

Cela signifie que si vous vivez en union libre et que votre conjoint décède sans testament :

Plus de 40 % des couples au Québec vivent en union libre — cette règle touche donc un grand nombre de personnes.

Un exemple concret

Prenons la situation de Diane et Robert, un couple vivant en union libre depuis 20 ans. Ils ont deux enfants adultes en commun. La maison familiale est au nom de Robert uniquement. Robert décède sans avoir rédigé de testament.

Voici ce qui se passe selon la dévolution légale :

Cette situation illustre pourquoi il est fortement recommandé aux conjoints de fait de rédiger un testament. Un simple testament olographe aurait permis à Robert de léguer la maison et une part de ses biens à Diane. Le couple aurait également pu signer un contrat de vie commune précisant le partage des biens en cas de décès (vérifié 12 avril 2026 — Éducaloi).

L’ordre de dévolution en l’absence de conjoint et d’enfants

La loi prévoit un ordre de priorité entre les héritiers (vérifié 12 avril 2026 — Code civil du Québec, art. 674+) :

  1. Les descendants (enfants, petits-enfants) — par représentation si un enfant est prédécédé
  2. Les ascendants privilégiés et collatéraux privilégiés (père, mère, frères, sœurs)
  3. Les ascendants et collatéraux ordinaires (grands-parents, oncles, tantes, cousins)
  4. L’État — si aucun héritier n’est trouvé dans les huit degrés de parenté

Combien cela pourrait coûter

Le règlement d’une succession sans testament engendre généralement des frais supplémentaires par rapport à une succession testamentaire :

Professionnels à consulter

Comment savoir si la personne avait un testament

Avant de conclure qu’une succession est ab intestat, il est essentiel de mener une recherche approfondie. Un testament pourrait exister sans que les proches en aient connaissance.

La recherche dans les registres officiels

La première démarche consiste à effectuer une recherche testamentaire auprès des deux registres officiels du Québec (vérifié 12 avril 2026 — Chambre des notaires du Québec) :

Ces recherches peuvent généralement être effectuées en ligne ou par courrier. Un notaire peut également s’en charger dans le cadre du règlement de la succession.

Les trois formes de testament au Québec

Il est important de garder à l’esprit que le défunt pourrait avoir rédigé l’une des trois formes de testament reconnues au Québec :

  1. Le testament notarié — conservé dans les archives du notaire et inscrit au registre de la Chambre des notaires. C’est le plus facile à retrouver.
  2. Le testament olographe — entièrement écrit à la main par le défunt. Il n’est pas nécessairement inscrit dans un registre. Il pourrait se trouver n’importe où.
  3. Le testament devant témoins — signé devant deux témoins. Comme le testament olographe, il pourrait ne pas avoir été enregistré.

Où chercher un testament non enregistré

Si les registres officiels ne révèlent aucun testament, il est recommandé de poursuivre la recherche dans les endroits suivants :

Ce n’est qu’après avoir effectué les recherches dans les registres officiels et exploré ces sources qu’il est possible de confirmer l’absence de testament et de procéder selon les règles de la dévolution légale.

Le rôle du liquidateur dans une succession ab intestat

En l’absence de testament, il n’y a pas de liquidateur désigné par le défunt. Les héritiers doivent donc en choisir un parmi eux ou désigner une personne de confiance.

Comment le liquidateur est désigné

Le liquidateur est généralement choisi par la majorité des héritiers (vérifié 12 avril 2026 — Code civil du Québec, art. 785). Concrètement :

Les pouvoirs et obligations du liquidateur

Le liquidateur d’une succession ab intestat possède les mêmes pouvoirs et obligations que celui qui est désigné par testament (vérifié 12 avril 2026 — Éducaloi) :

Le liquidateur agit à titre gratuit, sauf si les héritiers décident unanimement de lui accorder une rémunération.

Quand les héritiers ne s’entendent pas

Les conflits entre héritiers sont malheureusement fréquents dans les successions ab intestat, puisqu’il n’y a pas de volontés exprimées par le défunt pour guider les décisions. En cas de désaccord persistant :

Délais importants

Plusieurs délais encadrent le règlement d’une succession ab intestat. Il est recommandé de les connaître pour éviter des conséquences indésirables.

Délai pour accepter ou renoncer à la succession

Les héritiers disposent de six mois à compter du décès pour décider d’accepter ou de renoncer à la succession. Passé ce délai, un héritier qui n’a pas encore exercé son choix pourrait être présumé avoir accepté la succession, avec toutes les responsabilités que cela comporte (vérifié 12 avril 2026 — Code civil du Québec, art. 632-633).

La renonciation pourrait être envisagée si les dettes du défunt dépassent la valeur de ses biens.

Délai pour dresser l’inventaire

Le liquidateur dispose d’un délai de 60 jours à compter de sa désignation pour dresser l’inventaire des biens et des dettes de la succession. Ce délai pourrait être prolongé par le tribunal si la complexité du patrimoine le justifie (vérifié 12 avril 2026 — Code civil du Québec, art. 795).

L’inventaire est une étape essentielle : il permet aux héritiers de prendre une décision éclairée sur l’acceptation ou la renonciation à la succession.

Délais fiscaux

Les obligations fiscales suivent des échéances précises qui dépendent de la date du décès (vérifié 12 avril 2026 — Revenu Québec) :

Date du décèsDate limite pour la déclaration de revenus
1er janvier au 31 octobre30 avril de l’année suivante
1er novembre au 31 décembre6 mois après la date du décès

Le liquidateur est responsable de produire les déclarations de revenus du défunt (fédérale et provinciale) pour l’année du décès et, le cas échéant, pour les années antérieures non produites. Des pénalités pourraient s’appliquer en cas de production tardive.

Délai de prescription pour les créanciers

Les créanciers de la succession disposent généralement d’un délai de trois ans pour faire valoir leurs créances. Ce délai court à compter du moment où le créancier a connaissance du décès (vérifié 12 avril 2026 — Code civil du Québec).

Bon à savoir

Ce guide ne remplace pas les conseils d’un notaire ou d’un avocat.