Renoncer ou accepter une succession

En bref

  • Sujet : Renoncer ou accepter une succession
  • Source : Code civil du Québec (art. 630+) / Éducaloi
  • Vérifié : 12 avril 2026
Vérifié le 12 avril 2026 Source : Code civil du Québec (art. 630+) / Éducaloi

Vue d’ensemble

Lorsqu’une personne décède, ses héritiers ne sont pas obligés d’accepter la succession. Le Code civil du Québec (art. 630 et suivants) offre trois options à chaque héritier : accepter la succession, y renoncer, ou l’accepter sous bénéfice d’inventaire. Cette décision a des conséquences juridiques et financières importantes — elle détermine notamment si l’héritier pourrait être tenu responsable des dettes du défunt.

Prendre le temps de bien évaluer la situation avant de se prononcer est une démarche prudente. L’inventaire des biens dressé par le liquidateur est un outil essentiel pour prendre une décision éclairée.

Quand cette situation se présente

Cette question concerne directement :

Les trois options de l’héritier

1. Accepter la succession

L’acceptation de la succession signifie que l’héritier recueille sa part des biens du défunt. Il accepte aussi, de ce fait, les obligations liées à la succession (vérifié 12 avril 2026 — Code civil du Québec, art. 637-645).

Acceptation explicite : l’héritier déclare formellement, par écrit ou verbalement, qu’il accepte la succession.

Acceptation tacite : l’héritier pose des actes qui impliquent son intention d’accepter. Attention — certains gestes peuvent être interprétés comme une acceptation tacite :

Gestes qui ne constituent généralement PAS une acceptation :

2. Renoncer à la succession

La renonciation signifie que l’héritier refuse l’héritage. Il est alors traité comme s’il n’avait jamais été héritier (vérifié 12 avril 2026 — Code civil du Québec, art. 646-652).

Comment renoncer :

Effets de la renonciation :

3. Accepter sous bénéfice d’inventaire

Cette option offre une protection intermédiaire. L’héritier accepte la succession, mais sa responsabilité à l’égard des dettes est limitée à la valeur des biens qu’il reçoit (vérifié 12 avril 2026 — Éducaloi).

Avantages :

Condition essentielle : cette protection s’applique à condition que le liquidateur ait dressé un inventaire conforme aux exigences du Code civil. En l’absence d’inventaire, l’héritier pourrait être tenu responsable des dettes au-delà de la valeur des biens reçus.

Le délai de délibération

L’héritier dispose d’un délai de six mois pour prendre sa décision, à compter (vérifié 12 avril 2026 — Code civil du Québec, art. 632) :

Que se passe-t-il si l’héritier ne se prononce pas?

Si l’héritier ne se prononce pas dans le délai de six mois, les autres héritiers, le liquidateur ou tout intéressé peuvent lui adresser une sommation de prendre parti. L’héritier dispose alors d’un délai de 60 jours supplémentaires pour se prononcer. S’il ne le fait pas, il est réputé avoir accepté la succession.

Quand envisager la renonciation

La renonciation à une succession peut être judicieuse dans plusieurs situations :

Peut-on changer d’avis?

Après une acceptation

En règle générale, l’acceptation est irrévocable. Une fois que l’héritier a accepté la succession (explicitement ou tacitement), il ne peut plus renoncer. Il existe toutefois des exceptions très limitées, notamment en cas de vice de consentement (erreur, dol, crainte) (vérifié 12 avril 2026 — Code civil du Québec, art. 636).

Après une renonciation

La renonciation est en principe irrévocable. Cependant, l’héritier qui a renoncé pourrait revenir sur sa décision dans un délai de dix ans à compter du jour de l’ouverture de la succession, à condition que (vérifié 12 avril 2026 — Code civil du Québec, art. 649) :

Dans la pratique, cette possibilité est rare, car d’autres héritiers auront généralement déjà accepté la succession entre-temps.

Situations courantes

Le conjoint de fait

Au Québec, le conjoint de fait (non marié) n’hérite pas automatiquement du défunt en l’absence de testament. Le conjoint de fait ne peut donc pas « renoncer » à une succession à laquelle il n’a pas droit. En revanche, si le défunt l’a désigné comme héritier dans son testament, il dispose des mêmes options que tout autre héritier (accepter, renoncer ou accepter sous bénéfice d’inventaire).

Les enfants d’un premier lit

Dans les familles recomposées, les enfants d’un premier lit sont souvent héritiers au même titre que le conjoint survivant. Chaque héritier prend sa décision individuellement — un enfant peut renoncer tandis qu’un autre accepte. La part de l’héritier renonçant est redistribuée selon les règles du Code civil.

L’héritier mineur

La décision d’accepter ou de renoncer à une succession pour un héritier mineur est généralement prise par son tuteur (parent ou tuteur désigné). L’acceptation est toujours sous bénéfice d’inventaire pour protéger le patrimoine du mineur. La renonciation pour un mineur peut nécessiter l’autorisation du tribunal dans certaines circonstances.

Professionnels à consulter

Foire aux questions

Si je renonce à la succession, mes enfants hériteront-ils à ma place?

Cela dépend des circonstances. En cas de succession ab intestat (sans testament), la représentation permet à vos enfants de recueillir la part à laquelle vous auriez eu droit. Toutefois, si vous êtes désigné comme héritier par testament, la représentation ne s’applique généralement pas, sauf si le testament le prévoit. Il est recommandé de consulter un notaire pour évaluer votre situation.

Est-ce que payer les funérailles signifie que j’ai accepté la succession?

Non. Organiser et payer les funérailles du défunt est considéré comme un acte pieux et ne constitue généralement pas une acceptation tacite de la succession. Vous conservez votre droit de renoncer ou d’accepter sous bénéfice d’inventaire.

Je vis dans la maison du défunt. Puis-je quand même renoncer?

Le fait de continuer à habiter la résidence du défunt pourrait être interprété comme une acceptation tacite si vous agissez en propriétaire (par exemple, en effectuant des rénovations importantes). Il est recommandé de consulter un notaire rapidement pour éviter que votre comportement soit considéré comme une acceptation.

La renonciation peut-elle être annulée par un créancier?

Oui, dans certains cas. Si un héritier renonce à une succession dans le but de frauder ses propres créanciers (action paulienne), ceux-ci pourraient demander au tribunal d’annuler la renonciation dans un délai d’un an (vérifié 12 avril 2026 — Code civil du Québec, art. 652).

Bon à savoir

Ce guide ne remplace pas les conseils d’un notaire ou d’un avocat.