Planification du décaissement à la retraite
En bref
- Sujet : Planification du décaissement à la retraite
- Source : Revenu Québec / Agence du revenu du Canada
- Coût estimé : Variable (dépend de la valeur des régimes enregistrés)
- Vérifié : 12 avril 2026
Vue d’ensemble
La planification du décaissement — c’est-à-dire la stratégie par laquelle vous convertissez votre épargne en revenu de retraite — est l’un des aspects les plus importants de la planification financière, et elle a un impact direct sur votre succession. La façon dont vous retirez vos fonds à la retraite détermine non seulement votre niveau de vie, mais aussi la charge fiscale qui pèsera sur votre patrimoine au décès.
Au Québec et au Canada, les REER et les FERR sont parmi les actifs les plus lourdement imposés au décès : leur valeur totale est incluse dans le revenu du défunt, imposée aux taux marginaux les plus élevés. Un REER de 500 000 $ pourrait entraîner un impôt de plus de 250 000 $ dans la déclaration finale du défunt, réduisant d’autant l’héritage disponible pour les proches (vérifié 12 avril 2026 — ARC).
Une stratégie de décaissement bien planifiée vise à équilibrer vos besoins de revenu pendant la retraite avec l’objectif de minimiser l’impôt total — de votre vivant et au décès — afin de maximiser la valeur nette transmise à vos héritiers.
Quand cette situation se présente
La planification du décaissement concerne :
- Toute personne approchant de la retraite (généralement à partir de 55-60 ans) qui détient des REER, des FERR, un CELI et d’autres placements
- Les retraités qui souhaitent optimiser leurs retraits pour réduire l’impôt futur au décès
- Le liquidateur d’une succession qui constate un impôt élevé sur les REER/FERR du défunt et qui comprend l’importance d’une planification proactive
- Les couples qui souhaitent coordonner leurs stratégies de décaissement pour minimiser l’impôt combiné
La conversion REER vers FERR
Règles de base
Il est généralement requis de convertir un REER en FERR (ou en rente) au plus tard le 31 décembre de l’année où vous atteignez 71 ans. Une fois le FERR établi, des retraits minimums annuels sont obligatoires, calculés en pourcentage de la valeur du FERR au 1er janvier de chaque année (vérifié 12 avril 2026 — ARC).
Les retraits minimums du FERR
Les pourcentages de retrait minimum augmentent avec l’âge. Voici quelques exemples :
- 71 ans : 5,28 %
- 75 ans : 5,82 %
- 80 ans : 6,82 %
- 85 ans : 8,51 %
- 90 ans : 11,92 %
- 94 ans et plus : 20,00 %
Il n’y a pas de maximum de retrait : vous pouvez retirer autant que vous le souhaitez au-delà du minimum. Il est possible d’utiliser l’âge du conjoint plus jeune pour calculer les retraits minimums, ce qui réduit les montants obligatoires.
Impact sur la succession
Si vous ne retirez que le minimum, une portion importante de votre FERR pourrait subsister au décès. La totalité de cette valeur résiduelle serait incluse dans votre revenu final, potentiellement au taux marginal le plus élevé (environ 53 % combiné fédéral et Québec, estimé 12 avril 2026). C’est pourquoi une stratégie de décaissement accéléré pourrait être envisagée.
L’ordre de décaissement : un principe fondamental
Le principe général
L’ordre dans lequel vous puisez dans vos différentes sources d’épargne peut faire une différence significative sur l’impôt total payé au cours de votre retraite et au décès. Le principe général souvent évoqué est :
- Comptes non enregistrés en premier : les revenus de placements non enregistrés (intérêts, dividendes, gains en capital) sont imposés de toute façon. En les utilisant en premier, vous préservez la croissance à l’abri de l’impôt dans vos régimes enregistrés
- REER/FERR ensuite : les retraits sont imposés comme revenu ordinaire, mais des retraits graduels et planifiés permettent de les répartir sur plusieurs années à des taux marginaux potentiellement plus bas
- CELI en dernier : le CELI n’est pas imposable au retrait ni au décès. Il est avantageux de le conserver le plus longtemps possible pour profiter de sa croissance libre d’impôt
Nuances importantes
Ce principe général doit être adapté à chaque situation. Plusieurs facteurs influencent l’ordre optimal de décaissement :
- Taux marginal d’imposition : si votre taux marginal est bas dans certaines années (par exemple, entre la retraite anticipée et le début de la RRQ/PSV), il pourrait être avantageux de retirer davantage de REER/FERR pendant ces années
- Récupération de la PSV : la Pension de la Sécurité de la vieillesse est sujette à une récupération lorsque le revenu net dépasse un certain seuil (environ 93 454 $ en 2025, montant indexé annuellement — vérifié 12 avril 2026, Gouvernement du Canada). Des retraits importants de REER/FERR pourraient déclencher cette récupération
- Crédits d’impôt liés à l’âge : certains crédits d’impôt (comme le montant en raison de l’âge ou le crédit pour revenu de pension) pourraient être réduits si le revenu est trop élevé
Stratégie de décaissement accéléré des REER/FERR
Le concept
La stratégie de décaissement accéléré consiste à retirer des REER/FERR plus que le minimum obligatoire, souvent dans les premières années de la retraite, pour réduire la valeur du compte au décès. L’objectif est d’égaliser le taux marginal d’imposition sur toute la durée de la retraite, plutôt que de payer peu d’impôt pendant la retraite et un impôt massif au décès.
Comment ça fonctionne
- Déterminez votre taux marginal d’imposition actuel et projeté
- Si votre taux marginal est actuellement inférieur au taux qui s’appliquerait au décès (53 % sur un FERR important), il pourrait être avantageux de retirer davantage maintenant
- Les fonds retirés peuvent être investis dans un CELI (si vous avez des droits de cotisation) ou dans un compte non enregistré
- Au décès, le solde résiduel du FERR sera moindre, et donc l’impôt sera potentiellement réduit
Exemple simplifié
Une personne de 65 ans avec un FERR de 800 000 $ et peu d’autres revenus. En ne retirant que le minimum, le FERR pourrait encore valoir 500 000 $ ou plus à 85 ans, entraînant un impôt potentiel de plus de 250 000 $. En retirant des montants additionnels chaque année pour « remplir » les tranches d’imposition inférieures, elle pourrait réduire le solde du FERR au décès et payer moins d’impôt au total. Cette analyse doit être effectuée avec un planificateur financier qui tiendra compte de tous les facteurs pertinents (estimé 12 avril 2026).
Maximisation du CELI
Le compte d’épargne libre d’impôt (CELI) est l’outil le plus avantageux du point de vue successoral :
- Les revenus générés dans le CELI ne sont jamais imposés
- Au décès, la valeur du CELI peut être transférée au conjoint survivant sans conséquence fiscale (si le conjoint est désigné comme titulaire successeur)
- Si le bénéficiaire n’est pas le conjoint, la valeur du CELI au décès est versée libre d’impôt au bénéficiaire désigné
Transférer des fonds du REER/FERR vers le CELI (en retirant du REER/FERR, en payant l’impôt, puis en cotisant au CELI) pourrait être une stratégie intéressante pour les personnes qui ont des droits de cotisation au CELI inutilisés (vérifié 12 avril 2026 — ARC).
Coordination avec les prestations gouvernementales
Régime de rentes du Québec (RRQ)
La décision de prendre la RRQ à 60 ans, à 65 ans ou de la reporter jusqu’à 70 ans a des implications importantes :
- À 60 ans : rente réduite de 36 % par rapport à 65 ans (0,6 % par mois d’anticipation)
- À 65 ans : rente complète
- À 70 ans : rente bonifiée de 42 % par rapport à 65 ans (0,7 % par mois de report)
Reporter la RRQ pourrait être avantageux pour les personnes en bonne santé, car cela augmente le revenu garanti à vie. Cependant, si le patrimoine est important et que l’objectif est de minimiser l’impôt au décès, le report de la RRQ pourrait permettre de puiser davantage dans les REER/FERR pendant les premières années de retraite (vérifié 12 avril 2026 — Retraite Québec).
Pension de la Sécurité de la vieillesse (PSV)
La PSV est versée à partir de 65 ans, mais peut être reportée jusqu’à 70 ans (bonification de 0,6 % par mois de report). La récupération de la PSV (seuil d’environ 93 454 $ de revenu net en 2025, montant indexé annuellement — vérifié 12 avril 2026, Gouvernement du Canada) doit être prise en compte dans la planification des retraits de REER/FERR.
Fractionnement du revenu de pension
Les couples pourraient bénéficier du fractionnement du revenu de pension admissible. À partir de 65 ans, les retraits de FERR et les revenus de rentes sont admissibles au fractionnement : jusqu’à 50 % du revenu de pension admissible peut être attribué au conjoint ayant le revenu le plus faible. Cette stratégie pourrait réduire l’impôt combiné du couple de plusieurs milliers de dollars par année (vérifié 12 avril 2026 — ARC).
Rente viagère vs retraits systématiques
Rente viagère
- Avantage : revenu garanti à vie, quelle que soit la durée de vie
- Inconvénient pour la succession : à la fin de la période de garantie, les versements cessent au décès du rentier et il ne reste généralement rien pour les héritiers
- Option : une rente réversible au conjoint assure un revenu au conjoint survivant, mais réduit le montant mensuel
Retraits systématiques (FERR)
- Avantage : flexibilité, possibilité de léguer le solde aux héritiers
- Inconvénient : risque de survivre à son épargne si les marchés sont défavorables ou si la longévité dépasse les prévisions
- Impact successoral : le solde du FERR est entièrement imposable au décès
Le choix entre rente et FERR dépend de nombreux facteurs : tolérance au risque, état de santé, importance de laisser un héritage, autres sources de revenu garanti.
L’assurance vie comme complément
L’assurance vie peut jouer un rôle important dans la planification du décaissement :
- Couvrir l’impôt au décès : une police d’assurance vie peut être souscrite pour couvrir l’impôt estimé sur les REER/FERR résiduels au décès, préservant ainsi l’héritage pour les proches
- Remplacement du patrimoine : si vous choisissez une rente viagère (qui ne laisse rien aux héritiers), une assurance vie peut remplacer le capital consommé
- Avantage fiscal : le capital décès d’une assurance vie est généralement libre d’impôt pour le bénéficiaire
Bon à savoir
- La planification du décaissement n’est pas un exercice ponctuel : elle devrait être révisée annuellement, et particulièrement lors de changements importants (retraite, maladie, changement de situation conjugale, modifications législatives)
- Il n’existe pas de stratégie universelle : l’ordre de décaissement optimal dépend de votre situation personnelle, de vos revenus, de votre espérance de vie estimée et de vos objectifs successoraux
- Le fractionnement du revenu de pension n’est disponible que pour les couples mariés ou en union civile. Les conjoints de fait ne sont pas admissibles au fractionnement aux fins de l’impôt du Québec, bien qu’ils le soient au fédéral
- Les retraits de REER avant 65 ans ne sont pas admissibles au fractionnement du revenu de pension
- Le crédit pour revenu de pension (2 000 $ au fédéral) est disponible à partir de 65 ans pour les revenus de FERR. Des retraits de FERR d’au moins 2 000 $ permettent de réclamer ce crédit
- La planification du décaissement devrait idéalement commencer 5 à 10 ans avant la retraite, en collaboration avec un planificateur financier accrédité
Questions fréquentes
Devrais-je retirer plus que le minimum de mon FERR ?
Cela dépend de votre situation. Si vos autres sources de revenu sont faibles et que votre taux marginal d’imposition est bas, des retraits additionnels de FERR pourraient être avantageux : vous payeriez un taux d’imposition inférieur maintenant par rapport au taux qui s’appliquerait au décès. Un planificateur financier pourrait effectuer les projections nécessaires pour déterminer le montant optimal de retrait chaque année.
Mon conjoint et moi devrions-nous coordonner nos décaissements ?
Oui. La coordination des décaissements entre conjoints est essentielle pour minimiser l’impôt combiné. Le fractionnement du revenu de pension, la répartition des retraits entre les deux FERR, et l’utilisation du CELI de chaque conjoint sont autant de leviers qui peuvent être optimisés conjointement. Un planificateur financier pourrait modéliser différents scénarios pour votre couple.
Que se passe-t-il avec mon FERR si je décède avant mon conjoint ?
Si votre conjoint est le bénéficiaire désigné de votre FERR, la valeur du FERR peut être transférée au REER ou au FERR du conjoint survivant sans conséquence fiscale immédiate (roulement au conjoint). L’impôt sera reporté au décès du conjoint survivant ou aux retraits futurs. Si aucun conjoint n’est bénéficiaire, la totalité de la valeur du FERR est incluse dans votre revenu final et imposée aux taux marginaux les plus élevés.
Un planificateur financier est-il vraiment nécessaire ?
La planification du décaissement implique de nombreuses variables interdépendantes : taux d’imposition, rendement des placements, espérance de vie, prestations gouvernementales, situation conjugale et objectifs successoraux. Un planificateur financier accrédité (Pl. Fin.) possède les outils de modélisation et l’expertise nécessaires pour analyser votre situation globale et proposer une stratégie personnalisée. L’investissement dans les honoraires d’un professionnel pourrait se traduire par des économies fiscales considérablement supérieures au coût de la consultation.
Source : ARC — FERR, Retraite Québec, Revenu Québec, Éducaloi, vérifié le 12 avril 2026.
Ce guide ne remplace pas les conseils d’un notaire ou d’un avocat.